Observations

Vincent Froment, service eau de Mens, Cornillon-en-Trièves

« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de vent qu’avant. Il assèche la végétation. Il fait plus chaud et plus tôt dans l’année. En hiver, il fait plus doux mais on peut chauffer d’octobre à juin. Le temps est bizarre : on a plus de vrai printemps. Cette année, en mai-juin, on était comme en plein mois d’août. L’année dernière il n’y a pas vraiment eu de gros été. »

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Rencontré le 27/06/2022

Vincent Froment habite dans le Trièves depuis sa naissance. Il a 45 ans et vit à Cornillon-en-Trièves. Il a d’abord travaillé dans les travaux publics et depuis 15 ans il est au service des eaux de la mairie Mens.

Ses Missions
« Sur Mens, il y a 3 sources : la source des Brachons, en commun avec Saint-Baudille-et-Pipet, la source du Verdier et celle de Baret au niveau du Châtel. Il y a 5 réservoirs plus un réservoir commun avec Saint-Baudille-et-Pipet. Ils sont organisés en cascades : le trop-plein d’un réservoir donne sur un autre pour qu’un seul surverse au ruisseau. Les sources sont toutes situées au-dessus du village, tout est gravitaire. On n’a pas besoin de pomper l’eau. Je suis en charge de la surveillance des réseaux, ce qui comprend la production, la qualité, l’entretien du réseau et la programmation du renouvellement du réseau. J’oriente aussi les élus sur les portions du réseau où il est le plus urgent de réparer ou de renouveler. Je m’occupe également du réseau d’assainissement et de la gestion de la station d’épuration. Enfin, j’aide mes collègues pour le déneigement lorsqu’ils en ont besoin.

Un réservoir d’eau sert simplement de tampon au cas où la consommation est supérieure au débit de la source. La nuit il se re-remplit. On ne peut pas stocker de l’eau plus de 3 jours. S’il y a un problème avec une source, si elle s’arrête où s’il y a un éboulement, on peut tenir une journée/une journée et demi maximum avec l’eau stockée dans l’ensemble des réservoirs. Le tuyau pour la consommation pompe aux deux tiers du réservoir. L’autre partie est fermée et réservée en cas d’incendie et dans ce cas-là, on est appelés à ouvrir des vannes qui pompent alors le fond du réservoir.

Par endroits, en faisant les chantiers, on retrouve un vieux canal en béton qui parcourait les rues de Mens et aussi parfois des conduites en poterie. Le réseau d’eau potable date de 1932 à 1936. Avant, je pense que les sources devaient être canalisées pour alimenter des bassins et les gens devaient aller chercher de l’eau là-bas. J’imagine que c’était les fossés qui alimentaient le village. Les gens consommaient aussi beaucoup moins d’eau que nous aujourd’hui.

La réparation des fuites représente une grosse partie de mon travail. Ce sont plutôt de petites fuites. J’ai remarqué que certaines fuites alimentaient un bassin. C’était une sorte de bassin témoin. Quand je réparais une fuite, j’allais prendre le débit en photo avant et quand je revenais, il ne coulait plus ou très peu. On a fait pas mal de travaux sur le réseau et il n’y a plus d’eau dans ce bassin maintenant. Il y avait aussi peut-être une source au niveau du bassin mais qui devait être renforcée par les fuites d’eau. Au fil du temps, la source s’est sûrement un peu perdue comme toutes les autres à cause de la sécheresse. »

« On avait fait un schéma directeur à l’échelle du Trièves. Il y a eu une vraie concertation : des rencontres avec les agriculteurs, commune par commune, pour concilier leurs besoins et les besoins de construction : On leur demandait « quels terrains sont vraiment nécessaires à votre exploitation et lesquels pourriez-vous céder ? ». L’Agenda 21 a aussi été fait en concertation. J’ai été élue pour diriger ce syndicat. Dans une concertation, l’important c’est que la « règle du jeu » soit définie. Je me suis engagée à présenter toutes les actions aux élus. C’était ensuite à eux de décider s’ils prenaient ou pas et j’allais expliquer aux gens pourquoi si cela avait été refusé. Les choses étaient claires. C’est pourquoi cet Agenda 21 s’est plutôt bien passé, même à la sortie. De souvenir, seulement une action n’est pas passée, un projet de monnaie locale. C’est dommage. »

La sécheresse
« La sécheresse c’est assez aléatoire. Cette année est une année très sèche au niveau pluviométrie mais j’ai déjà eu des années où les sources étaient beaucoup plus basses en début de saison [après la fonte des neiges]. A Mens, nos sources sont vraiment impactées par la quantité de neige sur les montagnes. Cette année, en début de saison elles étaient plus hautes qu’il y a deux ou trois ans. Les sources mettent vraiment longtemps à monter quand la neige fond. L’eau met du temps à traverser toutes les couches de calcaire et doit sûrement prendre sa source assez haut en altitude. Une fois par semaine, je vérifie le débit de chaque source ainsi que le débit à la sortie du réservoir, c’est-à-dire la demande du réseau. En ce moment [fin-juin], le débit constant de la source équivaut au double de mon débit maximal prélevé pour la consommation. Il y a 420L/min qui partent vers Mens et 800L/min qui arrivent dans le réservoir. D’après ce que j’ai vu, je suis plutôt serein pour les deux mois à venir mais pour la fin de l’année cela risque d’être une autre histoire. Il y a des années où j’ai eu des débits, sur ma source du Verdier, que je n’ai jamais retrouvé : 1800L/min. Maintenant le grand maximum c’est 1400-1500L/min et en moyenne c’est 800L/min.

Je me fais plus de soucis pour les ruisseaux que pour les sources. Cette année le niveau de l’Ebron est très bas. Chaque source ne réagit pas de la même façon à la sécheresse : certaines baissent très vite alors que la source de Saint-Baudille-et-Pipet n’a pas baissé du tout, au contraire elle donne beaucoup. Pour l’instant, on ne manque pas vraiment d’eau. Nos soucis concernent plutôt la réparation des fuites et la consommation des habitants. Il faut consommer juste ce dont on a besoin. Avant que je travaille pour la commune, il y a déjà eu des coupures d’eau mais il y avait beaucoup de fuites. Si on ne fait rien sur le réseau d’eau et si on ne répare pas les fuites, on va venir à manquer d’eau.

En période de sécheresse, entre le captage et le village, il y a toute une partie du ruisseau qui est privée d’eau et qui meurt. La fermeture des fontaines permet de ne pas priver la nature d’une eau qui n’aura servi à rien. Si on ne le fait pas, on voit des truites qui sont sur le dos parce qu’il n’y a plus assez d’eau. Ça ne fait pas tout mais c’est une partie des gestes à appliquer. Une autre partie consiste à informer : à afficher l’arrêté et à mettre des messages sur le panneau lumineux. Si je vois des gens en train de laver leur voiture j’essaie de les sensibiliser en leur disant rappelant qu’on est en sécheresse. J’ai aussi mis des électrovannes pour éviter de tirer de l’eau la nuit quand cela ne sert à rien. Ça représente environ 2500m3 par fontaine par an mais c’est variable selon les bassins.

Cette année le Trièves est particulièrement sec. Il pleut davantage autour mais pas dans le Trièves ni la Matheysine. A Pellafol, c’est déjà beaucoup plus vert. J’ai récupéré des relevés pluviométriques de 1900 à Saint-Baudille-et-Pipet et je les ai comparés avec ceux d’aujourd’hui. En moyenne, sur l’année la quantité de pluie est la même, autour de 800mm par an, mais aujourd’hui, ce n’est plus reparti pareil. C’est moins régulier. L’eau tombe lors de gros orages et ces pluies ne servent pas à grand-chose. Elles partent directement dans l’Ebron parce que tout est sec. Comme il y a moins de neige, la quantité d’eau totale a diminué.

On est bouclé avec les communes de Saint-Jean-d’Hérans et Cornillon-en-Trièves. On est donc capables de leur renvoyer de l’eau. Il faudrait essayer de boucler chaque commune au maximum pour qu’en cas de problème ou de sécheresse, la commune qui est en surplus puisse renvoyer de l’eau à la commune voisine en manque. »

Consommation d’eau et bonnes pratiques
« La consommation d’eau moyenne à Mens est similaire à la moyenne nationale : environ 120m3 pour un foyer de 4 personnes par an. Il y a plein d’astuces pour éviter de consommer trop d’eau. J’essaie de sensibiliser mes enfants à ce sujet. Pour les toilettes, on peut mettre une brique dans la chasse d’eau. Le matin, c’est le dernier qui passe aux toilettes qui tire la chasse. On peut aussi utiliser un double réseau avec de l’eau de pluie pour les toilettes par exemple. Ça permet d’éviter de gaspiller de l’eau potable. A Mens, l’eau vient uniquement des sources. Si on voulait faire un autre réseau avec de l’eau non traitée, il faudrait un nouveau réservoir et beaucoup de travaux. Ce ne serait pas plus écologique au final car on devrait creuser et brûler du fuel. »

« Pour la commune, je fais un gros tas de compost avec tous les roseaux de la station d’épuration, les feuilles qu’on aspire dans le village et le gazon du terrain de foot que je brasse avec le tractopelle. On s’en sert pour les plantations de la commune. On en donne aussi aux gens qui en veulent. »

« Une machine à laver pleine utilise environ 50L d’eau, un lavage automatique pour la voiture environ 20L. Pour la piscine municipale cela représente 20m3 par jour et 1000m3 pour le remplissage. Une piscine particulière c’est 25m3 d’eau. »

Les orages
« Les gros orages n’apportent rien aux sources. Au contraire, sur celle de Saint-Baudille-et-Pipet qui est une source de surface ils nous amène de la turbidité. Ça salit plutôt la source. On a des filtres à 30 microns que je change 3 fois par semaine et des lampes UV pour le traitement. Des fois, avec les gros orages, ils se bouchent et ne filtrent plus assez et ça arrive jusqu’à la distribution d’eau. Ce n’est que de la terre. Les anciens sont plus habitués que les nouveaux habitants. En 2018, on imagine qu’il y a eu un éboulement dans le captage sous la montagne suite à un très gros orage. Je devais changer les filtres 2 fois par jour, 7 jours sur 7 pendant 2 mois et maintenant l’eau est plus turbide qu’avant. C’est depuis ce moment-là que je change les filtres 3 fois par semaine. C’est une zone de l’Obiou à laquelle on accède par des sentiers, vraiment contre la montagne, et qui est donc sujette à des orages. »

Observations en tant qu’habitant du Trièves
« Quand j’étais gamin, dans les années 1980, pour aller à l’école on devait pousser le car pour qu’il démarre dans la neige. A un endroit, il n’y avait plus qu’une seule voie à cause des congères. C’était en circulation alternée. Les routes étaient enneigées tout l’hiver. On ne mettait pas de sel, c’était de la pouzzolane. Il y avait au moins trois mois de neige. Il faisait froid. Il y avait des hivers où pendant 15 jours il faisait -15°C. Quand je travaillais dans les travaux publics, on avait eu une semaine de -17°C à Cornillon. C’est arrivé même après les années 2000. Pour la neige, c’est à partir des années 1990 que ça a commencé à changer. Maintenant on a des fois -11°C dans la nuit. Il n’y a plus de froid. »

« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de vent qu’avant. Il assèche la végétation. Il fait plus chaud et plus tôt dans l’année. En hiver, il fait plus doux mais on peut chauffer d’octobre à juin. Le temps est bizarre : on a plus de vrai printemps. Cette année, en mai-juin, on était comme en plein mois d’août. L’année dernière il n’y a pas vraiment eu de gros été. »

« Je trouve aussi qu’il y a moins d’hirondelles. Il y a moins d’insectes dans les villages. C’est aussi peut-être parce qu’il y a moins de fermes dans les villages. »
« J’ai observé un abaissement des terres argileuses d’environ 6-7cm. Elles dégonflent. »

Ressentis par rapport au changement climatique
« Je suis fils de paysan. Je ne mets jamais de produits phytos mais du fumier dans mon jardin. Je fais attention à ce que j’achète. Je prends aux petits producteurs ou des produits français en grande surfaces. Je n’achète pas ma viande au supermarché mais à un petit boucher. Je ne mange pas des fraises quand ce n’est pas la période des fraises. Je trouve ça aberrant de vouloir manger tout n’importe quand. Je suis conscient des choses, je fais des efforts mais je ne suis pas parfait. Je ne suis pas un super bon trieur. Pour faire plus d’efforts j’aurais besoin de plus de temps et sûrement aussi de plus d’argent. Je pourrais prendre plus de temps pour mon jardin pour moins acheter en magasin. Cuisiner ça prend du temps. »

« Le changement climatique ça me fait un peu peur et je me demande comment ça va se passer à l’avenir. On nous parle de l’arrêt de la voiture thermique mais comment va-t-on faire sans voiture thermique ? Qui sait vraiment ce qui se passe et comment ce sera dans 20 ans ? Quelles sont les solutions ? Par exemple, comment va-t-on remplacer les camions ? On en a besoin pour les chantiers. Je ne pense pas que c’est un camion électrique qui va charrier 50 tonnes. Aujourd’hui les tracteurs dans les fermes font 200 chevaux. Est-ce qu’il existera des tracteurs électriques capables de remplacer 200 chevaux ? On nous parle aussi de circuit court mais on doit aller chercher du fromage de chèvre chez un producteur puis faire 10 kilomètres pour aller chercher une salade chez un autre… Je me demande pourquoi on n’a jamais réussi à créer une petite superette des producteurs locaux du Trièves. »


Stéphane Horvath, maçon, 51 ans, Monestier du Percy

« La chaleur parle d’elle-même. […] On passe les 42-45°C en plein soleil. C’est de plus en plus dur physiquement. En fin de saison, quand tu rentres le soir, tu es ruiné. Ça te tue. […] C’est la première année que j’ai dû mettre un ventilateur la nuit pendant 15 jours pour pouvoir m’endormir. On ne connaissait pas ça dans le Trièves avant. »

« Le vent c’est affreux. J’en discutait avec les anciens et ils me disaient qu’avant dans le Trièves, il y a une trentaine d’années, il n’y avait pas de vent. Ça s’est vachement pénible. Ça finit de faire sécher et crever toutes les plantes avec la chaleur. On se croit bientôt dans le Gard : le 15 juin c’était déjà tout sec comme dans le midi. Avant, le Trièves était quand même reconnu pour une espèce de micro climat où il faisait chaud l’été mais il y avait une douceur au printemps et l’hiver était agréable. Aujourd’hui, on dirait qu’il n’y a plus que deux saisons : on passe de la doudoune à la canicule et vice versa. Le corps n’a pas le temps de s’adapter. » 

« Les premières années où j’étais là, je me rappelle qu’on avait eu 29 jours de pluie en octobre. Je n’ai jamais revu ça. Il n’y a plus de pluie à l’automne, au printemps… Entre septembre et octobre, un mois/un mois et demi de pluie, c’était courant avant. » 

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Rencontré le 28/07/2022

Stéphane Horvath travaille dans le bâtiment depuis 35 ans. Il a 51 ans. Il habite dans le Trièves, à Monestier du Percy depuis 22 ans.

La chaleur et la sécheresse
« Je suis venu dans le Trièves pour la tranquillité et aussi pour travailler au frais à l’époque. Ça a changé. Avant, quand on avait soif on avait qu’à traverser la rue pour se servir à un bassin. Aujourd’hui, on est des fois obligés de prendre le fourgon pour aller chercher de l’eau parce que les bassins ne coulent plus. Il n’y a plus de sources, plus d’eau dans les ruisseaux, plus rien. On voit des crevasses dans la terre. La chaleur parle d’elle-même. C’est normal qu’il fasse chaud l’été mais là c’est abusé. On passe les 42-45°C en plein soleil. Dans les grandes villes, ils ont des protocoles pour ne pas travailler quand il fait trop chaud, pour aménager les horaires. Dans le bâtiment, ça n’existe pas. C’est de plus en plus dur physiquement. En fin de saison, quand tu rentres le soir, tu es ruiné. Ça te tue. Tout est plus compliqué. Le béton tire trop vite. Il faut arroser les dalles. Il n’y a plus d’eau, plus de pression dans les tuyaux. »

« Pour s’adapter, si on veut, on peut commencer une heure plus tôt le matin mais ça ne change pas grand-chose et si tu commences à 4h du matin, le soir tu es foutu. A mon âge je n’ai plus envie. Les jeunes essaient un peu de le faire. »

« J’ai une petite exploitation agricole, avec quelques animaux. C’est la catastrophe. Il n’y a plus d’herbe. On va déjà passer au foin. On doit en acheter plus qu’avant. Ça commence à faire peur. »

« J’ai une petite piscine pour les enfants. Les oiseaux viennent pour y boire. Ils ont le bec ouvert. Ils viennent même si tu es dans l’eau. D’habitude ils ne s’approchent pas comme ça. Les animaux sont perdus. Ils me regardaient comme s’ils me disaient : « fais quelque chose ». C’est impressionnant. Tu vois des renards boire en plein milieu de la journée dans la nature alors qu’avant tu ne voyais pas ça. »

« Avant le Trièves, je venais d’Echirolles, c’était compliqué la nuit l’été alors que dans le Trièves tu pouvais te reposer. Il faisait frais. C’est la première année que j’ai dû mettre un ventilateur la nuit pendant 15 jours pour pouvoir m’endormir. On ne connaissait pas ça dans le Trièves avant. »

« Il y a des produits de construction qu’ils utilisent dans le Sud et qu’on utilise maintenant chez nous. Niveau isolation, on isole presque plus de maison pour le chaud que pour le froid maintenant. »

« Avant on chauffait à peu près 8-9 mois et aujourd’hui tu chauffes moins et moins longtemps. Il y a moins de gel qu’avant. On ne gratte le pare-brise plus que quelques fois. »

La neige
« On n’a plus de neige. Quand je suis arrivé dans le Trièves, en 1998, une année, il est tombé 88cm dans la nuit. Maintenant, ça blanchit un peu de temps en temps, ça fond, ça reneige, ça fond. Quand il neigeait au mois d’octobre, on ne revoyait pas la terre avant avril parce que ça gelait dur dessus et ça restait gelé. J’ai vu jusqu’à -20 en Trièves. Aujourd’hui ça n’existe plus. Quand j’ai commencé à travailler dans le Trièves, on avait un seul mois de vacances, en janvier, parce que c’était impraticable. Aujourd’hui on peut travailler quasiment toute l’année dehors. Ce n’est pas évident non plus quand il fait froid mais mieux qu’avant. »

Observations climatiques : vent, saisonnalité…
« Le vent c’est affreux. J’en discutait avec les anciens et ils me disaient qu’avant dans le Trièves, il y a une trentaine d’années, il n’y avait pas de vent. Ça s’est vachement pénible. Ça finit de faire sécher et crever toutes les plantes avec la chaleur. On se croit bientôt dans le Gard : le 15 juin c’était déjà tout sec comme dans le midi. Avant, le Trièves était quand même reconnu pour une espèce de micro climat où il faisait chaud l’été mais il y avait une douceur au printemps et l’hiver était agréable. Aujourd’hui, on dirait qu’il n’y a plus que deux saisons : on passe de la doudoune à la canicule et vice versa. Le corps n’a pas le temps de s’adapter. »

« Les premières années où j’étais là, je me rappelle qu’on avait eu 29 jours de pluie en octobre. Je n’ai jamais revu ça. Il n’y a plus de pluie à l’automne, au printemps… Entre septembre et octobre, un mois/un mois et demi de pluie, c’était courant avant. »

Biodiversité
« Il y a beaucoup d’araignées qu’on n’avait pas avant, qu’on ne trouvait que dans le Gard ou le Mercantour. Ma fille s’est fait piquer par une araignée il y a deux ans. Elle a eu un énorme œdème. C’était tout nécrosé. Personne n’a su lui dire ce que c’était. Elle a envoyé les photos à un institut dans le Sud et ils en ont déduit que c’était une araignée violoniste qui n’est pas reconnue chez nous parce qu’il n’est pas censé faire assez chaud. J’en ai pris en photo sur des branches sur un chantier. C’est une toute petite araignée noire avec un gros corps. Aujourd’hui, ça remonte en altitude. Les insectes sont différents. On a des cigales aujourd’hui. Il y a une vingtaine d’année il n’y avait pas de cigales dans le Trièves. »

« J’ai un copain qui m’a dit, il y a quelques années, qu’il allait planter des oliviers. Je lui ai dit : « mais qu’est-ce que tu fais ? » et il m’a répondu qu’un jour on aurait des oliviers dans le Trièves. Il était vachement avant-gardiste et il connaissait bien la nature. Aujourd’hui ses oliviers font bientôt deux mètres et ils commencent à avoir des olives. C’est impressionnant la vitesse à laquelle ça va. »

Sensibilité écologique et préoccupations
« On voit plein de reportages à la télé…si ça peut faire prendre conscience aux gens. Jusqu’à maintenant tout le monde était plein de bonne volonté mais personne ne faisait attention à rien. Maintenant que c’est physique, les gens vont peut-être faire un peu plus attention. »

« J’ai un projet de poêle à granulés pour éviter de consommer trop de fuel. On fait aussi attention à l’eau. Je sensibilise mes enfants là-dessus. L’autre jour, ils tiraient l’eau pour qu’elle soit fraîche. Je leur ai dit de plutôt la mettre au frigo ou de mettre des glaçons. L’eau il faut y faire attention. A Monestier du Percy, on a eu un coup de fil de la part de la mairie pour expliquer que l’eau diminuait et que si ça continuait comme ça on avait plus d’eau dans 4-5 jours. Depuis une semaine, ils font plus attention. 5 minutes sous la douche c’est déjà beaucoup. On est obligés de faire attention. On fait ce qu’on peut à notre échelle. »

« Le changement climatique ça me désole. Tu vois des pays où il fait sec, où il n’y a rien qui pousse. Nous on a tout et on est en train de tout massacrer. »

« Pour 1m3 de béton, il faut 1000L d’eau mais on n’essaie pas de changer, de faire autrement. Il faudrait peut-être plus pousser à l’éco construction mais ça dépend de la manière dont est coupé le bois, si on le replante derrière ou pas… »

Potager
« La végétation ne comprend plus rien. Quand tu fais un potager, il y a tout qui crève. C’est tout petit, ça se couche. Ça ne supporte pas la chaleur. Il y a des choses qu’on ne peut plus faire : les poireaux, par exemple, il leur faut assez de frais la nuit. Les salades elles montent. »


Gérard Leras, membre de Trièves Transition Ecologie, ancien éleveur-fromager et vice-président régional, 76 ans

« Les évolutions climatiques les plus fortes que j’ai observé c’est notamment la violence des évènements. Ce qui se passe est de plus en plus marqué et violent. »

« Ce que je sens le plus c’est la sécheresse et la canicule l’été. […] L’élévation des températures qu’il y a partout, en France, sur les Alpes, je trouve qu’on la sent particulièrement ici. On se retrouve dans des situations qu’on n’avait pas avant. […] Ce dont je suis sûr c’est que des chaleurs aussi suffocantes qu’on a dernièrement, je n’ai pas le souvenir que j’en avais souffert l’été auparavant. »

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Rencontré le 07/07/2022

Dans le Trièves depuis 1980, Gérard Leras est ancien éleveur fromager et ancien vice-président à la région. Aujourd’hui il vit à Mens et est membre de l’association Trièves Transition Ecologie. Il a 76 ans.

« Je suis arrivé dans le Trièves pour mener une action pilote sur le plan foncier en lien avec l’agriculture. Dans ce comité de pilotage, il y avait des agriculteurs locaux, la Chambre d’Agriculture et d’autres organisations. Il y avait besoin de quelqu’un pour animer tout ça et c’est moi qui ai été choisi et je suis arrivé dans le Trièves comme ça. Après ça je me suis installé comme agriculteur, en 1985 à Saint Paul les Monestier et j’ai fait 18 ans d’éleveur fromager. Ensuite, je me suis retrouvé conseiller régional et pendant le deuxième mandat j’étais vice-président à la politique foncière. Aujourd’hui je suis retraité et je milite dans TTE [Trièves Transition Ecologie]. »

La chaleur et la sécheresse
« Les évolutions climatiques les plus fortes que j’ai observées c’est notamment la violence des évènements. Ce qui se passe est de plus en plus marqué et violent. Ce que je sens le plus c’est la sécheresse et la canicule l’été. En 2003, quand il y a eu de la sécheresse et la canicule en même temps, et ce un peu partout, j’ai été amené à aller dans le nord de l’Isère et c’était impressionnant. On voyait des vaches qui n’avaient absolument rien à bouffer. Dès début juin les terres étaient complétement brûlées et dans le Trièves c’était moins marqué peut être grâce à l’altitude, peut-être parce qu’on était protégés par les montagnes mais maintenant on le ressent de plus en plus et on le voit même chez nous, cette année particulièrement. On sent qu’on peut avoir une sécheresse et une canicule terrible. Les chaleurs ont démarré très tôt, il a plu extrêmement peu. »

« L’élévation des températures qu’il y a partout, en France, sur les Alpes, je trouve qu’on la sent particulièrement ici. On se retrouve dans des situations qu’on n’avait pas avant. Pour mon BTS, j’avais fait un mémoire sur l’alpage du Sinépy alors que je n’étais pas encore en Trièves, j’étais en Oisans, et au niveau des moyennes de températures et des précipitations, le Trièves ne se distinguait pas particulièrement. C’était une zone qui délimitait un peu les Alpes du Nord et du Sud. Aujourd’hui j’ai l’impression que le col du Fau marque un peu cette délimitation entre Alpes du Nord et Alpes du Sud. Je crois que les conséquences du changement climatique ne sont pas exactement les mêmes dans le Nord et le Sud Trièves. »

« Quand j’étais agriculteur [de 1985 à 2003], je n’ai pas eu l’impression d’être touché par les conséquences du changement climatique. Je me souviens avoir eu très froid en hiver, d’avoir les tuyaux gelés… Ce dont je suis sûr c’est que des chaleurs aussi suffocantes qu’on a dernièrement, je n’ai pas le souvenir que j’en avais souffert l’été à cette époque-là. »

La neige
« Une autre chose que j’ai remarqué, c’est que par rapport à ce que j’ai connu, on a plus des chutes de neige aussi fortes. Quand il neige, il y en a moins. Les chutes de neige de 20-25cm c’était assez fréquent. J’ai le sentiment qu’elles arrivent de moins en moins. Pour la période d’enneigement, je ne suis pas sûr que ça ait beaucoup changé. Il n’y a pas si longtemps on a eu de la neige dès le 31 octobre et pendant la foire du 1er mai. »

Sensibilité écologique et perception du changement climatique
« Pour moi, l’écologie ce n’est pas une discipline cloisonnée, c’est une éthique générale de responsabilité. L’écologie est obligatoirement globale. Il y a plein de portes d’entrées. Tu peux en arriver à l’écologie après une prise de conscience sociale, environnementale ou internationale. Ma prise de conscience s’est faite bien avant que je n’arrive dans le Trièves, quand j’étais ado. Très tôt je me suis passionné des questions Nord/Sud et de ce qu’on appelait le tiers monde ou même parfois la « zone des tempêtes » et je suis rentré dans l’écologie par là. J’avais 18-19 ans. Plus tard, j’ai adhéré aux Verts le jour où j’ai eu le sentiment qu’ils portaient cette éthique globale de responsabilité, en particulier en retombant sur les questions de rapports Nord/Sud. J’ai adhéré 8 ans après la création parce que les Verts avaient pris une position pour la Kanaky et contre le joug colonial sur la Nouvelle Calédonie et contre l’intervention en Irak. Mon fils s’est aussi retrouvé très tôt dans des élections cantonales et j’ai apprécié la manière dont ils ont ouvert les portes et fait confiance à un jeune ce qui était assez rare à cette époque-là. Ça c’est la manière dont je suis rentré en politique. C’est différent de ma prise de conscience écologique. »

« Le problème du changement climatique est pour moi politique et mes émotions personnelles là-dedans me paraissent très secondaires. Mais il y a des choses qui me mettent très en colère comme la passivité des états, des politiques publiques y compris de la France, certains refus de prendre ses responsabilités. Il est irresponsable que l’état ne fasse pas le quart du tiers de ce qui avait été décidé à la Cop21. »

« Pour moi, globalement, tant que la recherche de profit restera le moteur principal de l’économie, à toutes échelles, des multinationales à toi et moi dans notre vie de tous les jours, on tournera le dos à ce qui est nécessaire et on ira de mal en pis jusqu’à l’explosion. Je n’utilise pas le terme d’effondrement parce qu’il va avec désespérance et je refuse qu’il n’y ait pas d’issue. La crise globale dans laquelle nous nous trouvons déjà ne peut que s’accélérer. Dans le Trièves, les questions pour lesquelles je me sens particulièrement concerné et qui me mobilisent ce sont des questions d’aménagement du territoire, les problématiques agricoles, les problématiques environnementales liées à l’agriculture, les questions de transports surtout ici. Se passer de la ligne de train ou accepter qu’elle crève c’est pour moi insupportable. »

« Personnellement, je ne fais pas assez d’efforts. Il n’y a pas de super-héros. Ceux qui se prennent pour des super-héros et donnent des leçons en permanence me fatiguent. J’ai mes habitudes y compris mes mauvaises habitudes, mes conforts. Je me fais souvent engueuler par ma nana parce que je me sers mal du robinet et que je gaspille de l’eau. J’ai eu quelques problèmes pour marcher et ça me sert de prétexte pour prendre un peu trop ma voiture. Quand je suis devenu agriculteur en 1985, j’avais la tête dans le guidon et les premières années je n’ai pas forcément fait attention aux intrants et à ce que je donnais à mes vaches en plus du foin. Ce sont des choses que j’ai arrêtées très très vite. Je ne suis pas passé au bio pour plusieurs raisons, mais vers la fin, sur mon exploitation j’étais dans les conditions du bio. J’aurais pu demander mon label. Ce qui ne va pas aussi c’est que j’aime beaucoup trop manger, j’aime la viande. Je réduis mais ça ne va pas assez vite. »


Capucine Morin, ancienne présidente du SIAT du Trièves, Le Percy, 67 ans

« J’ai toujours fait attention aux températures. Je me rappelle très bien, il y a quelques années, quand on a dépassé les 30 pour la première fois. J’étais déjà surprise et aujourd’hui on est à 38 ! Ce qu’on a cette année, on ne l’a jamais eu avant. »

« J’ai le souvenir que je disais : « Chez nous, il fait beau et on est tranquilles du 14 juillet au 15 août. » et à partir du 15 août, il y avait les orages. Maintenant, il y a des orages tout le temps, même en hiver, et on va finir par être bien toute l’année. »

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Rencontrée le 26/07/2022

Capucine Morin passait ses vacances et week-ends dans le Trièves avant de s’installer définitivement en 1980 au Percy. Elle a été présidente du SIAT du Trièves. Elle a 67 ans.

L’Agenda 21
« Le Trièves était bien organisé institutionnellement au moment de la mise en place de l’Agenda 21. Il y avait les 3 petites communautés de communes : Clelles, Mens et Monestier de Clermont. Le canton de Clelles était le plus pauvre. Il ne bénéficiait pas des revenus des barrages EDF. Quand on est pauvre, on partage généralement plus facilement et cela a aidé le canton de Clelles à être en avance. On a été la première intercommunalité rurale d’Isère. Après la guerre, le Trièves a été une zone témoin. Les agriculteurs ont super bien travaillé. Du point de vue agricole, la terre est riche surtout pour la production de blé. Du fait de la zone témoin, il y avait une habitude à travailler ensemble sur le territoire. Cette habitude s’est concrétisée par un Comité d’Expansion du Trièves puis par le syndicat d’aménagement du Trièves qui regroupait les 3 cantons. C’était super. On travaillait sur des tas de thématiques : l’agriculture, la forêt, la culture… ça a finalement été assez logique de faire un Agenda 21. »

« On avait fait un schéma directeur à l’échelle du Trièves. Il y a eu une vraie concertation : des rencontres avec les agriculteurs, commune par commune, pour concilier leurs besoins et les besoins de construction : On leur demandait « quels terrains sont vraiment nécessaires à votre exploitation et lesquels pourriez-vous céder ? ». L’Agenda 21 a aussi été fait en concertation. J’ai été élue pour diriger ce syndicat. Dans une concertation, l’important c’est que la « règle du jeu » soit définie. Je me suis engagée à présenter toutes les actions aux élus. C’était ensuite à eux de décider s’ils prenaient ou pas et j’allais expliquer aux gens pourquoi si cela avait été refusé. Les choses étaient claires. C’est pourquoi cet Agenda 21 s’est plutôt bien passé, même à la sortie. De souvenir, seulement une action n’est pas passée, un projet de monnaie locale. C’est dommage. »

La neige
« Quand je me suis installée, dans les années 1980, on avait de la neige l’hiver mais surtout elle restait. Toutes ces dernières années, il neigeait mais derrière il y avait un coup de vent du Sud et ça partait et il pleuvait. »

Observations climatiques : chaleur, vent…
« J’ai toujours fait attention aux températures. Je me rappelle très bien, il y a quelques années, quand on a dépassé les 30°C pour la première fois. J’étais déjà surprise et aujourd’hui on est à 38 ! Ce qu’on a cette année, on ne l’a jamais eu avant. On cumule les températures et le manque de précipitations. Au niveau des températures, c’est sûr qu’on augmente. Ce n’est pas juste du ressenti. »

« J’ai le souvenir que je disais : « Chez nous, il fait beau et on est tranquilles du 14 juillet au 15 août. » et à partir du 15 août, il y avait les orages. Maintenant, il y a des orages tout le temps, même en hiver, et on va finir par être bien toute l’année. »

« On a le foehn plus souvent. C’est comme ça que j’appelle le vent du Sud qui amène du sable. »

Potager
« Je suis au débouché d’une vallée. L’hiver il faisait très froid. J’ai toujours fait un potager. En 2003, j’ai eu une récolte de tomates que je n’avais jamais eu de ma vie. Elles étaient bien mûres alors qu’avant elles étaient souvent vertes. Mon frère, qui était agriculteur, m’avait dit : « Tu ne verras plus jamais ça. » mais ce n’est pas vrai. Depuis, je peux faire des tomates. Elles ne sont plus vertes. Je les ramasse aussi plus tôt qu’avant. »

« Avant, on se fiait beaucoup aux Saints de Glace et il n’y a pas si longtemps on a gelé bien après le 13 mai et plusieurs jours. On a des gelées plus tardives. »

Biodiversité
« L’ancien maire du Percy, qui est aujourd’hui décédé, m’avait dit qu’il voyait de nouvelles plantes qu’il n’avait jamais vu. Je pense qu’on évolue au niveau botanique. On est envahi par le panais urticant depuis une dizaine d’années. Il n’y en avait pas quand j’étais petite. C’est une plante que je ne connaissais pas. »

« Le colchique est toujours dans les prés mais il arrive plus tôt. Quand j’étais môme, il arrivait à la rentrée, vers le 10-15 septembre. Aujourd’hui on l’a fin août. »

« La disparition des hirondelles je pense que c’est lié à la diminution des étables. C’est vrai qu’avant ici on en avait et là on en a plus. »

Sensibilité écologique et préoccupations
« Je prends conscience aujourd’hui que j’ai toujours eu une sensibilité écologique. Je ne sais pas vraiment pourquoi. La première fois où j’ai entendu le mot « écologie » c’était à la FAC en 1974-75. Ça commençait tout juste. J’étais écolo sans le savoir dans ma manière de vivre. Le fait d’habiter à la campagne, près de la nature, ça aide. On est plus sensible au beau et au mauvais temps. »

« Je suis très en colère que ce soit l’économie libérale qui fasse les lois. »

« Une des solutions aujourd’hui c’est le transport en commun plutôt que de produire des voitures électriques en masse. »

« Je déteste quand on culpabilise les gens sur leurs mauvaises habitudes. Le problème n’est pas là. Chaque petit geste est important mais il faut agir à échelle mondiale ou nationale. Je me demande ce que les petits vont vivre. J’avoue que je suis inquiète. »


Christophe Bonnet, service technique de Châtel-en-Trièves, Cordéac, 54 ans

« Je pense que par rapport à avant on a un printemps plus froid. On a moins de neige et par rapport au climat, ça s’est décalé d’un bon mois. On a des fois une période de beau et chaud en mars et puis, en avril, la température baisse. Maintenant quand on a du froid en novembre c’est déjà bien. Je trouve que les températures ne sont jamais stables. On n’avait pas -5°C avec de la neige et le lendemain 10°C avec de la pluie. Ça a bien changé sur 20 ans. »

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Rencontré le 25/07/2022

Christophe Bonnet travaille au service technique de Cordéac depuis 1997 puis pour Châtel-en-Trièves depuis la fusion et s’occupe essentiellement de l’eau, de l’assainissement, des espaces verts, de la montagne, des voiries. Il est originaire du Trièves et habite Cordéac.

La ressource en eau et la sécheresse
« Il y a 3 captages sur Saint-Sébastien, 5 sur Cordéac et 4 sur le SIE, c’est le service intercommunal des eaux entre Saint Sébastien et Saint Jean d’Héran. En alpage, on a 2 captages à Cordéac, un pour les alpages du Châtel et un sur l’alpage de Bachillianne. D’habitude on relève le débit des sources une fois par mois et en ce moment tous les huit jours parce que c’est demandé. Sur le SIE, on a un traitement au chlore gazeux et sur Cordéac tous les traitements se font aux ultra-violets (UV). On change les lampes une fois par an. »

« Il y avait déjà eu une grosse sécheresse en 2003 : très chaud, sans pluviométrie mais moins longtemps que cette année. On avait déjà eu, à ce moment-là, un déficit des sources mais ça s’est moins vu qu’aujourd’hui parce qu’il y avait plus de ressources. On a de moins en moins de neige et de pluviométrie. En 2009 aussi il fallait faire attention. Il y avait des restrictions. Dans les années 2011-2012, on a de nouveau eu pas mal de neige. Maintenant les gens croient qu’il y a de la neige mais en cumul ce n’est pas grand-chose. Depuis 2006, je fais tous les relevés de pluviométrie et de neige en millimètres d’eau. On a de moins en moins de pluies d’automne alors que c’est ce qui recharge beaucoup les sources. Au printemps, ça aide un peu aussi mais la nature prends beaucoup alors qu’en automne elle est endormie. J’ai remarqué que si on a de bonnes pluies en novembre et jusqu’au 15 décembre, ça remplit pas mal les sources. Les gens font plus attention quand il fait chaud en été mais le moment où on manque le plus c’est en décembre-janvier-février parce que bien souvent le froid arrive et ça gèle en montagne. L’eau est coincée là-haut et les sources baissent énormément. »

« Le débit en ce moment ça m’inquiète un peu, ça descend pas mal. Sur le SIE on est un peu plus inquiets parce qu’on a un réservoir qui remplit deux réservoirs sur Saint-Sébastien et plusieurs sur Saint-Jean-d’Hérans. Ça représente à peu près 500 personnes. Dès qu’il y a un problème sur ce réservoir, je reçois une alerte sur le téléphone : dès que le débit est trop bas ou s’il y a un problème avec le niveau de chlore. Depuis 3 semaines [début juillet], on est alertés la nuit parce qu’on consomme beaucoup trop aux heures de pointe : de 19h à 1h du matin. Cette semaine, ça allait mieux, les gens ont pris conscience parce qu’on a fait passer un mot dans toutes les boites aux lettres sur Châtel et Saint-Jean-d’Hérans. La nuit, quand il n’y a pas beaucoup d’eau, je monte au réservoir et je prends un peu d’eau de la réserve incendie pour compenser et que le matin tout le monde ait de l’eau. Je l’ai expliqué aux gens : il vaut mieux que ce réservoir soit plein en cas de problème incendie. Quand on parle de ça, ça marque beaucoup plus les esprits. Il faut que les communes montrent l’exemple donc on n’arrose plus et il n’y a plus de fontaines [alerte sécheresse]. Les fontaines ont un bouton poussoir pour que les cyclistes puissent prendre de l’eau mais que ça ne coule pas sans arrêt. »

« Cette année, les températures sont chaudes et ça dure longtemps, depuis mai, et surtout on n’a pas de pluviométrie et ce n’est pas annoncé. Il y a quelques orages mais ce n’est pas ça qui met de l’eau. Avec la chaleur, l’eau s’évapore. Le vent ça joue aussi, il prend toute l’humidité. La nature en demande aussi beaucoup. Pour un gros chêne, il faut 600L par jour. »

« En période de sécheresse, je travaille plus que d’habitude. On fait des recherches de fuites un peu toute l’année mais encore plus quand on a des problèmes d’eau. Depuis le 22 juillet, on est en alerte crise, tout le Sud du département. C’est au-dessus de l’alerte sécheresse. On l’affiche un peu de partout. En crise, on a seulement le droit d’arroser les jardins potagers de 20h à 9h du matin. On n’a plus le droit d’arroser les fleurs privées et communales. Tous les gens qui ont des sources privées sont aussi concernés. Bien souvent ils croient ne pas avoir de problème parce qu’ils ont leur propre source mais l’eau vient du même endroit pour tout le monde. Il faut le faire comprendre aux gens. »

Ressentis et bonnes pratiques
« J’espère que les années passent et ne se ressemblent pas. Il faut apprendre à économiser l’eau comme toutes les sources d’énergie. C’est un combat quotidien. C’est bien de favoriser les plantes vivaces, chez soi et dans les communes. Il faut arrêter les pots, les jardinières et tout ce qui est arrosage permanent pour faire plutôt des massifs. Pourquoi pas planter des légumes dans les massifs fleuris. Par rapport à ça, on a aussi une plateforme de déchets verts. On récupère seulement les végétaux qui sont ensuite broyés. On a pas mal de tas de broyat qui ont 3 ans, 2 ans ou 1 an. Si on fait des massifs de plantes vivaces, mellifères et avec du paillage, il n’y a quasiment pas d’arrosage à faire. Je suis aussi guide composteur. »

« Il faut travailler autrement, arrêter de planter du gazon et prendre de l’herbe agricole. On sait qu’il y a tout ce qu’il faut dedans. Ça résiste aussi beaucoup mieux à la sécheresse et ça évite les arrosages. Je pars du principe où, même les années où il pleut, où on a de l’eau, ce n’est pas la peine de gaspiller la ressource, il faut l’économiser. A partir du moment où l’eau vient chez nous on la salit, autant qu’elle reste en montagne. »

« A Châtel, tous nos réservoirs sont équipés de flotteurs ou de vannes altimétriques. Avant, le trop-plein partait dans les égouts. Je pars du principe que l’Homme prend ce dont il a besoin et le reste il le rend à la nature. Avec les flotteurs on rend l’eau en trop au milieu naturel autour du captage. C’est quelque chose qui me parait important. Les gens ne pensent pas à ça. Il faut faire attention à la faune et à la flore. Les petites rivières font les grandes. On a besoin d’eau pour l’hydroélectricité. Le soir, tout le monde est content que ça s’allume chez soi. Dès la source, il faut économiser au maximum. « La nature ce n’est pas compliqué, c’est nous qui voulons toujours la dompter. La nature n’a pas besoin de l’Homme. »

« J’ai toujours fait un jardin. On ne peut pas semer quand la terre n’est pas chaude et, avant, fin avril – début mai, on pouvait semer ici. Maintenant on est plus vers fin mai – début juin mais on a une très belle arrière-saison. Ce n’était pas rare d’avoir un coup de gel avant le 15 septembre. Je pense que par rapport à avant on a un printemps plus froid. On a moins de neige et par rapport au climat, ça s’est décalé d’un bon mois. On a des fois une période de beau et chaud en mars et puis, en avril, la température baisse. Maintenant quand on a du froid en novembre c’est déjà bien. Je trouve que les températures ne sont jamais stables. On n’avait pas -5°C avec de la neige et le lendemain 10°C avec de la pluie. Ça a bien changé sur 20 ans. »

« Au niveau des arbres, j’ai remarqué qu’avant on ne voyait pas de frênes en montagne, à notre altitude si [celle du village] mais pas plus haut. Maintenant il y en a et ils poussent bien. Ça se boise de plus en plus haut. C’est peut-être parce qu’il y a moins de pâturages mais il y a des essences qui sont plus en altitude qu’avant. »

« Sur la commune j’ai aussi beaucoup travaillé sur les produits phytosanitaires pour éviter la pollution de l’eau. A force d’en parler, les gens en passent de moins en moins. J’ai essayé de sensibiliser les habitants là-dessus. Quand il pleut, ça ramasse tous les produits et ça va dans les ruisseaux. Quand je voyais des gens qui en utilisait dans les cimetières ou dans leur cour, je leur disais que ça coûtait quand même un peu cher, que je n’en passais pas chez moi et que ça ne poussait pas non plus. L’eau chaude des pâtes et des œufs durs je la vide sur les mauvaises herbes. Déjà ça tue la plante mais ça permet aussi à l’eau de rester sur la terre et de pas aller dans les égouts. De fil en aiguille, les gens ont changé leurs façons de faire. Dans mon évier quand je me lave les mains je mets une cuvette. Ça force à moins consommer. On met moins fort parce qu’après on va la vider dehors pour arroser. Les récupérateurs d’eau c’est bien aussi. Chez moi j’ai 2m3 et demi et un toit de 200m2. Je n’ai pas encore utilisé d’eau communale pour arroser mon jardin. Je me bats aussi pour les travaux : pour des routes inclinées qui vont évacuer l’eau plutôt que des bordures. Sur la commune, on a mis des chasses d’eau qui consomment moins d’eau. L’hiver il n’y a pas de WC publics dehors. Les gens ont tendance à oublier quelque chose qu’ils connaissent tous : le cycle de l’eau. C’est toujours la même eau qui tourne donc il faut en prendre soin le plus possible. »

« J’espère que cette année va faire une bonne sensibilisation chez les gens, qu’elle va marquer les esprits. On n’est pas sortis de l’auberge. On est limite et c’est seulement le milieu de l’été. S’il ne pleut pas en août, je pense qu’en septembre on va manquer d’eau. »

« J’ai toujours été conscient des efforts qu’il fallait faire. Quand j’ai construit ma maison en 1997, je l’ai fait en béton cellulaire, sans laine de verre. C’était léger, c’était bien. J’ai aussi un chauffage en géothermie. J’ai été le premier à le mettre dans le Trièves. Les tuyaux prennent la chaleur de la terre et la ramène dans un plancher chauffant. Aujourd’hui, j’en suis à 100€ d’électricité par mois tout confondu : chauffage, eau chaude et ma femme est assistante maternelle donc elle à la maison toute la journée. »

« J’avais fait une campagne de sensibilisation avec les écoles. On était partis d’un captage et on avait suivi l’eau tous le long. Je leur avais expliqué que si on se lave les dents 3 fois par jour pendant 3 minutes comme il le faut normalement, si on laisse couler l’eau, à l’année ça fait presque l’eau du réservoir entier. Ça leur avait bien plu et j’avais eu pas mal de retours des parents. Passer par les enfants c’est pas mal. On avait fait pareil au niveau du tri. »

Biodiversité
« Il y a des endroits où il y en a de moins en moins d’insectes et d’abeilles. Ça va devenir un souci. C’est vrai qu’ils souffrent. C’est pour ça que j’essaie de mettre des plantes mellifères dans les massifs de la commune. Chez moi, j’ai fait un hôtel à insectes et j’essaie d’avoir une floraison sur toute l’année pour les abeilles sauvages : ça va du buis, au noisetier, aux roses de Noël. Il faut aussi planter des haies mais pas des cyprès. Il faut planter des essences du coin. Il faut laisser les fleurs fanées et ne pas tout couper. Il y a beaucoup d’insectes qui passent l’hiver là-dedans. Il faut les enlever au printemps une fois qu’ils sont sortis d’hibernation. »

« Depuis le 1er janvier [2022], on éteint les lampes de minuit à 5h30 du matin. Rien que ça pour les insectes c’est bien. »


Samuel Delus, vigneron, Prébois

« C’est vrai qu’il y a quelques années on ne passait pas une soirée d’été en t-shirt dehors et aujourd’hui on peut donc on sent qu’il y a une tendance au réchauffement. »

« Avec le changement climatique, il y a aussi une tendance aux événements extrêmes comme la grêle. J’en ai eu en 2018 et heureusement ça n’a duré qu’une minute. Ça c’est problématique. » 

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Rencontré le 12/07/2022

Vigneron originaire du Trièves, Samuel Delus est passé par Paris puis est revenu en 2004 à Prébois. Il a commencé à replanter les vignes à partir de 2012 et à vendre son vin en 2015.

Les vendanges
« Je n’ai pas énormément avancé ma période de vendanges mais cette année on aura une quinzaine de jours d’avance voire trois semaines. On ramassera mi-septembre au lieu de fin septembre – début octobre. En 2018 on a aussi eu ça. Dès le mois de juin il a fait chaud. Cette année, c’était dès le mois de mai. En 2018, on est arrivés sur des maturités très élevées au moment de la vendange. On s’est fait avoir parce qu’on ne s’y attendait pas. Ça a produit des vins à 14 degrés, c’était un peu trop. C’est la quantité de sucre qui fait qu’il y a plus d’alcool. Globalement je suis autour de 12-12,5 degrés, un peu plus haut sur le Pinot gris. Avec la chaleur, le taux de sucre augmente. Les agriculteurs moissonnent plus tôt maintenant. Pour le raisin, je pense que c’est différent. On pourrait peut-être commencer un peu plus tôt mais je cherche à vendanger des raisins d’une maturité optimale, notamment pour les rouges, et en montagne, les vignes sont toujours un peu plus longues à venir et ne sont pas au rendez-vous chaque année, alors je préfère souvent retarder autant que possible la récolte. Ici mes vignes attaquent 700 mètres d’altitude. Sur 10 ans, depuis que j’ai commencé les vignes ici, je ne remarque pas de décalage. Mais si on regarde sur 50 ans, mes grands-parents et d’autres anciens avaient des vignes et faisaient leurs vendanges en novembre, des fois sous la neige et les raisins étaient encore verts. Il y a clairement une différence. Aujourd’hui, mi-octobre, les précoces sont très mûrs et on a tout ramassé. On ne vendange pas sous la neige. »

Chaleur et sécheresse
« On est sur une année marquée par le changement climatique. C’est historique. On ne sait pas trop où on va. Il faut de l’eau pour que le raisin murisse et pas trop de chaleur. Pour une photosynthèse optimale, il faut qu’il fasse 25°C. Il n’y a pas une trace de maladie cette année. J’ai traité seulement trois fois sur feuillage. Ça fait trois semaines que je n’ai pas traité et je n’ai pas une trace d’oïdium ou de mildiou. Je pense que l’oïdium n’a pas pu s’installer au départ parce qu’il a fait chaud dès le mois de mai. L’année passée ce n’était pas pareil. Je n’ai jamais vécu une saison aussi sèche. Je pourrais en parler mieux dans un an car je ne sais pas encore ce que cela va donner. Il y a eu un coup de chaud sur la fleur pour certaines vignes qui étaient à un stage de floraison fragile et il y a donc eu beaucoup de coulures. Il y a des fleurs qui ont avorté. C’est typique de cette année. Est-ce que ce sera le problème récurrent à terme ? Du coup, sur les grappes des douces noires et des chardonnays, il n’y a pas grand-chose. Il y a des différences selon les variétés. J’ai l’impression que les mieux adaptés ce sont les pinots noirs et gris. Ils débourrent tard donc ne gèlent pas au printemps et murissent tôt donc on peut les ramasser avant que ça ne gèle en automne. »

« Globalement, mes vielles vignes sont belles. Je croise les doigts pour qu’elles soient suffisamment implantées pour que cela tienne si on a encore deux mois sans eau. J’ai l’impression qu’elles ne souffrent pas trop de la chaleur même si on voit quelques marques de grillure sur le raisin et qu’elles ne sont pas aussi développées que d’habitude. Il faudrait que les grains grossissent et se resserrent. Quand il fait trop chaud, la vigne se met en stress hydrique et c’est comme quand il fait trop froid : ça s’arrête de mûrir. Pour celles que j’ai planté récemment c’est plus compliqué. On voit les traces des coups de chaud. C’est trop chaud, trop tôt. Mes jeunes vignes ont séché en haut, au niveau de l’apex [la pointe terminale], donc elles ne vont plus monter mais quelques pieds repartent par le bas. C’est l’espoir que j’ai pour éviter de tout replanter l’année prochaine. L’année passée j’avais déjà replanté tout ce qui était mort. J’ai mis des tubes pour les protéger des lièvres mais ça fait comme une micro serre et ce n’est pas adapté à de grosses chaleurs. »

« Quand j’ai eu l’idée de m’installer là, il y avait déjà des tendances à la sécheresse et des températures trop élevées sur des Côtes du Rhône et sur la Côte d’Azur. Dans le Sud, les vins sont tous à 14,5-15 degrés. L’avenir de la vigne c’est clairement à la montagne. Ils essaient de remonter les vignes en hauteur tant qu’ils peuvent et d’implanter de nouveaux cépages plus tardifs pour ne pas qu’ils mûrissent trop vite et que cela fasse des vins trop élevés. »

« C’est vrai qu’il y a quelques années on ne passait pas une soirée d’été en T-shirt dehors et aujourd’hui on peut complétement. On ressent qu’il y a une tendance au réchauffement. »

La ressource en eau
« Depuis 15 jours sur Prébois, il y a un peu plus de monde avec une colonie de vacances et on sait que le trop-plein du réservoir d’eau potable ne coule plus. On a des sources qui tarissent et là c’est tôt. D’habitude c’est plutôt en octobre. C’est pour ça que la commune avait évoqué le blocage des permis de construire parce que si on est plus nombreux ça va devenir encore plus compliqué… Comme il neige moins, ça ne ramène pas d’eau non plus. Je n’arrose presque jamais normalement, seulement un peu au moment de la plantation en avril. En général, on ne manque jamais d’eau mais cette année les jeunes vignes souffrent. J’ai déjà mis 6000L d’eau la semaine dernière dans la côte où il y a les jeunes vignes. On voit quelques feuilles vertes. C’est grâce à l’arrosage. Ça va en aider quelques-unes. C’est long d’arroser parce qu’il faut compter jusqu’à 30 secondes par pied. Il faut environs 3 heures pour vider la tonne à eau. J’aurais dû arroser les jeunes vignes plus tôt. Il y en a plein qui ne repartiront pas. J’ai des collègues vers Voreppe qui ont eu 120mm donc beaucoup d’eau et nous à Prébois on en a eu 30 en tout : 6, 20 et 4mm. C’est rien et on est partis sur des semaines de chaud et sec. Il parait que la Vanne ne coule quasiment plus et l’Ebron pas beaucoup… »

Le gel
« Le gel tardif ça peut affecter les vignes mais ça touche presque plus ceux qui sont dans les plaines que nous parce qu’ils ont très chaud, très tôt. Nous on craint plus sur la fin des gels tardifs, sur les Saints de Glace, de fin avril à mi- mai, parce que c’est là que la vigne a commencé à partir et qu’on risque d’avoir des températures négatives. Chaque année j’essaie de surveiller ce moment-là, de faire du feu si besoin. Cette année je n’en ai pas fait, on n’a pas gelé du tout. En 2020, en plaine, certains collègues sur des côteaux plus bas ont perdu 90% de la récolte. On est presque plus à l’abris du fait d’être en montagne parce que ça débourre plus tard. Début avril on est totalement à l’abris parce que ce n’est pas sorti. -2,5°C ça va mais à partir de -3° ça devient compliqué. En 2017 j’ai les viogniers [cépage] qui ont un peu ramassé. »

L’enneigement
« Il y a des années comme l’année dernière [2021], où l’été était froid et humide. On voit peut-être plus la différence sur la quantité de neige. La neige dure de moins en moins longtemps. Elle tombe et elle fond vite. J’avais des photos de mon ex chien au moment où je m’installais dans les vignes, en 2010. On avait 50cm de neige et je crois qu’on n’en a pas souvent revu autant. Quand je palissais les douces noires, je me souviens, qu’on plantait les piquets en hiver dans une bonne quantité de neige et depuis on n’en a pas eu beaucoup. »

La grêle
« Avec le changement climatique, il y a aussi une tendance aux événements extrêmes comme la grêle. J’en ai eu en 2018 et heureusement ça n’a duré qu’une minute. Ça c’est problématique. »

Les nuisibles et les maladies
« Les maladies sur les vignes ce sont surtout les champignons : le mildiou, l’oïdium, le blackrot… J’ai l’impression que cette année ça se gère naturellement avec la chaleur. Tant mieux parce que traiter c’est un problème. Je n’ai pas trop de nuisibles à part les blaireaux, les sangliers et les lièvres. Cette année, je n’ai pas vu trop de sangliers. Comme il fait chaud, ils se tiennent peut-être un peu en altitude. Sinon, on est obligé de tout parquer. Les blaireaux c’est une plaie pour les vignes. Je mets aussi un effaroucheur pour les oiseaux. »

« Mes vignes ont mis longtemps à rentrer en production parce que je suis en altitude et sur un sol très sec qui draine beaucoup l’eau. Mais une fois que c’est installé, ça produit bien. Aujourd’hui je continue d’augmenter malgré les pertes de l’année dernière par exemple même si pour l’instant c’est encore un peu limite. Je vends plutôt localement, jusqu’à Lyon, et j’ai un caviste qui me prends du vin sur Paris mais surtout des restaurants du Trièves, de Grenoble. En 2021, je suis environ à 6000L donc c’est à peu près 8000 bouteilles. Ce n’est pas énorme mais c’est pas mal. J’ai 2 hectares et demi en tout. »


Adaptations

Stéphane Horvath, maçon, 51 ans, Monestier du Percy

« Pour s’adapter, si on veut, on peut commencer une heure plus tôt le matin mais ça ne change pas grand-chose et si tu commences à 4h du matin, le soir tu es foutu. A mon âge je n’ai plus envie. Les jeunes essaient un peu de le faire. […] Il y a des produits qu’ils utilisaient avant dans le Sud et qu’on utilise maintenant chez nous. Niveau isolation, on isole presque plus de maison pour le chaud que pour le froid maintenant. »